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mardi 5 octobre 2010

Trois ans ferme et cinq milliards d'euros à rembourser. Jérôme Kerviel : toujours seul contre tous. La Justice française se ridiculise une fois de plus.

Extrait d'un article de Paul-Éric Blanrue écrit le 8 mai 2008 pour le Grand soir. On le trouve ici.

"Sans jouer sur les mots, ce n’est pas Kerviel qui a perdu ces 5 milliards directement, mais la Socgen qui, une fois informée qu’il avait engagé pour 50 milliard d’euros, - soit plus que les fonds propres de la banque - a débouclé ses positions au plus mauvais moment, en pleine crise des subprimes. Ce que peu de gens disent, c’est qu’au 31 décembre 2007, Kerviel avait fait gagner 1,4 milliards d’euros à la Socgen et qu’il n’a pas été pris parce qu’il avait perdu, mais parce qu’il cherchait à cacher des gains illicites. Dans notre livre, nous expliquons étape par étape comment on en est arrivé là. Pourquoi la Socgen n’a-t-elle pas stoppé Kerviel avant janvier 2008 ? Tout est là. Pour nous, la banque est co-responsable de ce qui est arrivé. Dès 2005, la Socgen sait qu’il arrive à cet employé de miser des sommes dépassant les limites autorisées. Mais la seule sanction que Kerviel ait encourue, c’est de n’avoir pas vu ces gains intégrés dans ses bonus de fin d’année. Un peu juste. Et il y a pire : tout au long de l’année 2007, il y a eu 93 alertes concernant ce trader et aucun des contrôles n’a réagi. Nous expliquons dans Le Joueur qu’il y a un très grave problème de contrôle au sein de la banque. Ces contrôles qui sont soi-disant une spécialité de la Socgen. Sait-on que les contrôleurs ont des qualifications inférieures à celles des traders, qui les méprisent en retour ? Sait-on que les mots de passe ne sont quasiment jamais changés pour des raisons banales de pratique ?


 Tout système a ses failles, mais encore ne faut-il pas que ce système encourage ses agents à dépasser les bornes. Si l’on donne des Ferrari à des fans d’automobile en leur faisant comprendre qu’il n’y aura pas de gendarmes ni de radars sur les routes, on peut dès à présent prévoir qu’il y aura des dépassements de la vitesse légale et même des accidents sanglants. Or qui sait que les opérations des traders ne sont vérifiés régulièrement que sur les soldes qu’ils présentent et non sur le détail de ces soldes ? Si les traders veulent inventer de faux comptes avec de fausses contreparties et de faux deals, ils le peuvent. Comment s’étonner ensuite qu’il leur arrive de mettre leur banque en danger ? Qui dit également qu’il suffit aux contrôleurs d’un vulgaire mail de confirmation pour s’assurer qu’une contrepartie dispose des fonds suffisants pour une transaction ? Et que les filières internes de la banque échappent par principe à ce type de vérification pourtant élémentaire ? Quand on pense à ce que les banques font subir à leurs clients qui dépassent les limites de leur compte courant, il y a de quoi se poser de sérieuses questions.
Kerviel est le résultat de la logique perverse du capitalisme financier et de l’hyperspéculation, qui représente 80% des transactions mondiale. Aujourd’hui, la richesse vient des paris en Bourse. Le système veut des joueurs, il en a : ce sont les traders, ses bras armés. Il n’est pas étonnant que certains d’entre eux se prennent… au jeu, et prennent des risques énormes pour réussir à faire gagner beaucoup d’argent à leur banque, même si celle-ci ne le leur demande pas directement.
Le jeu est une drogue, et on n’est rarement drogué qu’à moitié. Kerviel est l’annonciateur du dérèglement fatal d’un système devenu fou, qui, selon de nombreux experts, va imploser tôt ou tard, nous conduisant à une nouvelle crise de 29. Il serait temps d’inverser cette logique démente."
Paul-Éric Blanrue


À noter : la crise est survenue 5 mois après la publication de cet article...

mis en ligne par marcopolo