BLOG DES AMIS DE PAUL-ÉRIC BLANRUE --- ARCHIVES, ACTUALITÉS, PROSPECTIVES --- DÉMYSTIFICATION ET CONTRE-HISTOIRE

samedi 30 mai 2015

"Comment il faut écrire l'histoire". Par Lucien de Samosate (v. 120 - v. 180)

"Il faut avant tout que l'historien soit d'esprit indépendant, qu'il ne craigne personne et n'espère rien ; sinon il ressemblera à ces mauvais juges qui pour un salaire prononcent des arrêts dictés par la faveur ou par la haine...  La tâche unique de l'historien est de raconter les faits comme ils se sont passés... Quand on se mêle d'écrire l'histoire, on ne doit sacrifier qu'à la vérité, sans se préoccuper du reste ; en un mot, la seule règle, l'exacte mesure, c'est d'avoir devant les yeux, non pas ceux qui l'entendent actuellement, mais ceux qui, par la suite, liront ses écrits... Que l'historien soit sans crainte, libre, ami de la franchise et de la vérité, et, comme dit le poète comique, qu'il appelle figue une figue, barque une barque, qu'il ne donne rien à la haine, ni à l'amitié, qu'il n'épargne personne par pitié, par respect ou par honte. Juge impartial, bienveillant pour tous, qu'il n'accorde à personne plus qu'il ne lui est dû, qu'il soit étranger dans ses livres et sans patrie, indépendant, sans roi ; qu'il n'ait nul souci de ce que pensera tel ou tel, mais raconte ce qui s'est fait... C'est ainsi qu'il faut écrire l'histoire. Il faut s'attacher à la vérité et placer son espérance dans l'avenir plutôt que de se livrer à la flatterie pour plaire à ses contemporains. Telle est la règle de la véritable histoire."

Lucien de Samosate


Le 16 juin prochain à 13h 30 à la XVIIe chambre correctionnelle de Paris aura lieu le procès contre le documentaire de l'historien Paul-Eric Blanrue "Un homme : Robert Faurisson répond aux questions de Paul-Eric Blanrue".


jeudi 28 mai 2015

Projet Apocalypse France saison 1 : La France maçonnique (premier teaser).


Ça y est ! Après un retard indépendant de notre volonté et de nombreux mois de travail acharné, la première saison d'Apocalypse France entre dans la phase finale de son montage ! Voici le premier teaser, qui vous donnera une première petite idée du fond et de la forme que revêt notre documentaire. Nous espérons qu'il vous satisfera et saura vous faire patienter jusqu'au prochain... Nous avons rencontré et filmé de nombreux témoins et spécialistes de la maçonnerie, qui vont révéler quel est le rôle exact de cette officine secrète dans le déclin de la France durant plusieurs décennies. Beaucoup de surprises en perspective, tant dans le choix des intervenants que dans les informations délivrées ! Bon visionnage !

L'équipe de Topdoc

Quelques semaines avant la tenue du procès que la LICRA intente à Blanrue pour "Un Homme", il est bon de relire l'interview datant d'octobre 2011 que celui-ci a accordée à Rachid Guedjal pour le média "Algérie-Network". Blanrue y explique les intentions qui ont présidé à la réalisation de ce documentaire, le premier dans l'histoire à être consacré à Faurisson. Il y narre aussi nombre d'anecdotes savoureuses et hautement significatives qui édifieront les curieux.



"... l'esprit serein, ensoleillé, tendre et léger de Mozart, dont le sérieux est bienveillant..." 
(Nietzsche, Humain, trop humain)

Note de R. Faurisson, le 29 mai 2015 :

A ma courte honte, je dois dire que je n'ai pris connaissance de ce texte que tout récemment. Je vous en recommande la lecture en ces temps de délire shoatique dans les médias, le spectacle,la vie politique. Les historiens, eux, ne trouvent rien de nouveau à nous dire sur cette sacrée Shoah ; ils ne sont plus au diapason des batteurs d'estrade et le gaz tend à les incommoder tout autant que les clowneries d'Elie Wiesel et du Père Patrick Desbois.​


R.G. : Ton documentaire est axé sur une personne controversée : le professeur Robert Faurisson. Suscitant la polémique à cause de ses positions qui défraient la chronique, il a été diabolisé pendant des décennies. Ton documentaire nous montre quelqu'un qui n'a rien à voir avec le diable incarné qu'est Robert Faurisson aux yeux des médias conventionnels. D'abord, quand et comment as-tu connu le professeur ?
Paul-Éric Blanrue : Au début des années 1990, après diverses expériences de politique amusante (la question politique de la fin de ce cycle historique n'a toujours été pour moi qu'un jeu, tant est loin la possibilité d’un nouveau Regnum), me voici donnant des cours d'histoire dans un lycée privé catho de Nancy. Pour me délasser, j'écris parfois des articles dans une revue acrate française, un étrange trimestriel à couverture orange se réclamant de la pensée de Max Stirner, L'Homme libre. Son directeur est Marcel Renoulet, ancien secrétaire du pacifiste Louis Lecoin, célèbre pour avoir organisé une grève de la faim ayant permis d'obtenir un statut pour les objecteurs de conscience. J'y publie à dates irrégulières divers articles, par exemple sur l'histoire du mouvement libertaire. J'y réalise une interview de Marc-Edouard Nabe, qui sera reprise plus tard dans son Coups d'épée dans l'eau, chez Jean-Paul Bertrand. J'y évoque aussi mes activités zététiques dont le Cercle éponyme vient d'être fondé à ce moment-là. Le Cercle zététique (CZ) est présidé par le professeur Henri Broch de l'université de Nice, et reçoit en force d'appoint l'illusionniste Gérard Faier, alias Majax, le créateur quelque peu ringard de l'émission « Y a un truc ! » qui avait fait les beaux jours de la télé française au milieu des années 70. Le but du cercle est d'étudier les sujets extraordinaires, en sciences et en histoire, avec toute la rigueur requise par la méthode scientifique. L'époque est à la dérive conceptuelle post-moderniste, qu'ont analysée Sokal et Bricmont dans Impostures intellectuelles, et que René Guénon dénonçait déjà comme « âge parodique ». Nous sommes soutenus par des gens de la gauche radicale comme le généticien antiraciste Albert Jacquard ou l'ex-trotskiste pro-palestinien Marcel-Francis Kahn, dont Serge Thion a montré les limites de la pensée dans Une Allumette sur la banquise. C'est une époque marquée par l'émission « Mystères » sur TF1, qui kärcherise à grandes eaux les cerveaux ramollis de foules pétrifiées (rappelez-vous l'absurde mystification de l'extraterrestre de Roswell) et par divers scandales mettant en cause des guérisseurs de tiroir-caisse ou des gourous libidineux qui confondent ashram et boîte à partouze.
Faurisson avait lu un de mes articles de promotion zététique et m'avait envoyé en retour sa Réponse à Jean-Claude Pressac, opuscule auto-édité et dédicacé à mon nom comme « essai de zététique ». Plus personne ne se souvient de Pressac aujourd'hui : c'était un petit pharmacien de banlieue sans compétence holocaustique ni formation historique. Nazebroque honteux, il possédait à son domicile un buste d'Hitler placé en haut d’un escalier qui conduisait à une chambre insonorisée où il écoutait à pleins tubes de la musique militaire allemande. Il avait voulu travailler avec Faurisson, mais celui-ci l'avait refoulé. Depuis, Pressac lui vouait une haine tenace. C'était ce spécimen déliquescent qui était devenu en deux temps, trois mouvements le deus ex machina de la multinationale Klarsfeld and Co, qui allait enfin prouver au monde l'existence des chambres à gaz ! En France, le fruit de cette coalition nazioniste, aussi belle que « la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie », comme eût dit Lautréamont, avait été la parution de son livre aux éditions CNRS sous le titre Les Crématoires d'Auschwitz. La Machinerie du meurtre de masse, dans lequel ne figurait ni photographie ni plan de chambre à gaz. Or personne n'avait bien entendu jamais nié l'existence des crématoires ! A lui seul le titre de l’ouvrage  trahissait l’embarras de l’empoté potard.



Amusé par les flèches que Faurisson lui décochait avec habileté et une franche bonne humeur, j'ai aussitôt répondu à ce professeur de l'université de Lyon placardé dans l'Enseignement à distance parce que la Faculté ne pouvait assurer sa sécurité mise en péril par les gros bras des associations juives. Nous prîmes rendez-vous durant les grandes vacances d’été. À mon retour de Cannes, je ne vous cache pas que je craignais de tomber sur un universitaire bouché à l'émeri, inapte au dialogue et ancré dans ses certitudes d'amphithéâtre. Au fil d'un déjeuner pris sur les bords de l'Allier, mes idées préconçues se dissipèrent bien vite. Mon hôte me fit part de sa volonté d'adhérer au Cercle zététique, dont il partageait les idées essentielles (en histoire, ce sont celles que l'on trouve dans le volume de la Pléiade consacré à la Méthode historique). Mais il me précisait qu'il désirait que son nom n'y apparût pas, afin de ne pas torpiller l'association. Quelque temps auparavant, Faurisson avait été membre de l'Union des athées et son adhésion s'était terminée par un scandale : divers membres avaient rendu leur carte, le président avait failli démissionner, etc. Le professeur voulait éviter que l'expérience funeste se renouvelât. Le bureau du CZ accepta sa requête et on l’affubla d’un plaisant pseudonyme pour le glisser dans la liste officielle des nouveaux membres.
Je dois à la vérité de dire que d'autres révisionnistes discrets et de moindre importance faisaient déjà partie de notre association, avant et après cette apparition de Faurisson par l'entrée des artistes, et cela sans poser de problème aux échelons supérieurs. Je connaissais de mon côté les travaux révisionnistes depuis qu'un certain Pascal-Bernard, proche de François G.,  devenu par la suite député-maire pour le parti présidentiel d’une commune en Moselle (comme quoi tout est possible, comme dit Sarkozy)  m'avait mis dans les mains le numéro 1 des Annales d'histoire révisionniste, qu'on achetait alors en kiosque (c'est vous dire le changement d'époque !). La Vieille Taupe, qui éditait cette revue, était dirigée par Pierre Guillaume, dont je fis la connaissance durant ces mêmes années ;  il était un ancien de "Socialisme ou Barbarie", groupe proche du situationniste Guy Debord.
J'avais toujours été scandalisé par le sort que réservait aux révisionnistes, selon la formule de Bernanos, « l'universelle complicité des lâches ».
Comme le Cercle zététique était une organisation se déclarant sans préjugés ni dogme, j'ai alors pensé que, peut-être, nous pourrions débattre, en interne pour commencer, de la question des chambres à gaz et du génocide juif, à l'image de ce qui avait eu lieu aux États-Unis dans des associations sceptiques de gauche, sous l'égide de modérateurs d'origine juive, pour éviter tout dérapage intempestif. Hélas cette tentative s'est révélée impossible de ce côté-ci de l'Atlantique. Affolés, certains de nos membres (notre meilleur spécialiste des ovnis en tête) sont allés jusqu'à me dire que, quoi qu'il se fût passé (ou non) durant la Seconde Guerre mondiale, ils ne voulaient pas en être informés, inventant ainsi une nouvelle branche de la zététique : la zététique de l'autruche ! D'autres, dans leurs barbes de syndicalistes du secondaire, marmonnaient que, si par le plus grand des hasards Faurisson avait raison sur quelque point de détail, notre travail amorcerait la remontée de l'antisémitisme dans le pays, phénomène désastreux qu'il fallait à tout prix empêcher. Bref, au Cercle zététique, la pieuse fraude que nos bons laïques dénonçaient avec fracas dans le cas du Suaire de Turin ne semblait plus les déranger quand il s'agissait du cœur de la nouvelle religion mondiale. La question de l'existence de Jésus, que j'avais posée sur le site du Cercle zététique, ne faisait pas davantage scandale dans nos troupes. Le reste, il n’y fallait point songer. Jésus n'a pas existé ? Doutons ! Les chambres à gaz ont-elles existé ? En prison ! Instructif.
Les cris de vieilles pucelles hystériques poussés par certains membres du CZ devant cette proposition de débat n'avaient bien entendu rien de zététique, puisque ces gens refusaient de prendre connaissance des arguments révisionnistes, ne fût-ce que pour avoir à les réfuter ensuite. On pouvait difficilement aller plus loin dans l'autocensure et la bêtise.
Loin de cette chienlit zététique, que je décidai d'ignorer, j'ai, de mon propre chef, engagé une enquête sur le professeur Faurisson. Je voulais le tester personnellement, à la façon dont j'expertisais voyants voyous et médiums véreux ou que je visitais des maisons hantées, l'une de mes spécialités au sein du CZ. Etait-il un habile imposteur comme l'Israélien Uri Geller, qui jurait tordre les petites cuillers par la seule force de sa pensée d'élu de Yahvé ? À la suite de ma première rencontre avec Faurisson, je pris le train de nombreuses fois pour Vichy, pour passer au tamis l'Absolu Salaud. Vichy : la ville où, rappelons-le, la Bête en question résidait non pas en vertu d'un quelconque attrait morbide pour le pétainisme, comme le clabaudent les partisans de Claude Lanzmann, mais parce qu'il y avait été nommé par le ministère de l'Education nationale et qu'il y avait pris racine…
Chemin faisant, je n'ai cessé d'être bluffé par son sérieux, son courage et sa façon très méthodique de travailler. Sa rengaine, lors de notre premier entretien, avait été : « Ne vous lancez pas dans le révisionnisme ! C'est un suicide lent ! ». Je voyais bien la répression s'abattre sur les troupes révisionnistes du monde entier. Mais je n'étais pas  convaincu que je resterais étranger à cette aventure. Car pour moi être révisionniste, c'était déjà, dans un premier temps, vérifier les thèses du Diable, les contester, tenter d'en percevoir les failles. C'était, pour commencer, lire et étudier tous les travaux de l'école révisionniste !
Mes rapports avec Faurisson se firent plus proches et nos correspondances plus fréquentes. Nos esprits se combinaient à merveille. Je ne manquais ses procès devant la XVIIe Chambre pour rien au monde, puisqu'enfin ses adversaires tentaient de le contredire face à face. Sa ténacité à toute épreuve, ses arguments ultra-référencés, tout comblait mes attentes.
Je me dois de témoigner que depuis bientôt vingt ans que je le fréquente, je n'ai jamais surpris Faurisson en flagrant délit de fraude ou de mensonge. S'il a parfois un fichu caractère, il est le premier à regretter la légère erreur qu'il peut commettre dans un article et il astreint ses proches à traquer ses coquilles, l'une après l'autre, comme un jardinier chasse les doryphores de son potager. Faurisson, c'est le perfectionniste né, le Glenn Gould de l'Holocauste ! Un arrêt méconnu de la cour d'appel de Paris du 26 avril 1983 prononce d'ailleurs qu'il n'est pas « permis d'affirmer, eu égard à la nature des études auxquelles il s'est livré, qu'il a écarté les témoignages par légèreté ou négligence, ou délibérément choisi de les ignorer ; qu'en outre personne ne peut en l'état le convaincre de mensonge lorsqu'il énumère les multiples documents qu'il affirme avoir étudiés et les organismes auprès desquels il aurait enquêté pendant plus de quatorze ans ; que la valeur des conclusions défendues par M. Faurisson relève donc de la seule appréciation des experts, des historiens et du public ». C'était sept ans avant la loi Gayssot (promulguée le 14 juillet 1990), laquelle punit désormais les révisionnistes comme s’abat le couperet de la guillotine, sans bavures et sans se préoccuper des faits mais en remplissant la tâche infamante que l'Assemblée nationale a confiée aux magistrats : censurer l'esprit, brider la recherche.
C'est ainsi qu'après bien des années j'ai été la mystérieuse personne qui, un soir, au Théâtre de  la Main d'Or, a présenté Faurisson à Dieudonné, créant indirectement par la suite l'incident du Zénith. Je ne suis pas peu fier d'y avoir contribué car ce sketch aux trois-quarts improvisé a fait éclater au grand jour la mauvaise foi des prétendus défenseurs de la liberté d'expression, qui ne sont que l’un des masques portés par les professionnels de la délation. Bien mieux, ce happening a été profitable à la liberté de parole, car grâce au défenseur de Faurisson, Maître John Bastardi Daumont, l'avocat le plus courageux de France (le faux sulfureux Vergès n'est qu'un joueur de billes à côté de lui !), l'apologie de révisionnisme n'existe pas dans la jurisprudence  française. Bastardi Daumont a mis le doigt sur les contradictions du code, soulignant une schizophrénie juridique totale : imaginez-vous qu'il est légal d'écrire sur vos T-shirt, casquette, mug ou pin's : « Faurisson a raison ! » ou « Je suis révisionniste ! », mais que vous n'avez pas le droit de spécifier pourquoi Faurisson serait dans le vrai ni en quoi consiste l'objet du débat ! Sainte-Anne, priez pour nous ! En faisant relaxer Faurisson, Bastardi a obtenu une jurisprudence actée et définitive, qui nous octroie désormais un peu plus de liberté et d'aisance dans nos propos.

R.G. : Quand l'idée du documentaire t’est-elle venue ?
Paul-Éric Blanrue : Il y a environ un an. L'idée était d'abord d’écrire un livre autour de Faurisson. Je m'en étais ouvert à un ami de l’éditeur Jean-Paul Enthoven, de Grasset, qui m'avait proposé de me présenter à Philippe Sollers, lequel, me disait-il, serait peut-être intéressé de publier un livre de ce genre dans la collection L'Infini qu'il dirige chez Gallimard. Après le succès des Bienveillantes de Jonathan Littell, ouvrage que j’avais analysé dans Les Malveillantes aux éditions Scali, la voie était ouverte pour une telle expérience littéraire. Mais avec le Vénitien Sollers, rencontré au Montalembert devant un verre de J&B,  la question ne fut pas abordée… Et puis, plus je relisais l'ouvrage de François Brigneau sur le sujet (Mais qui est donc le professeur Faurisson ?), plus je me rendais compte que la petite biographie qu'il avait brossée du prof ne nécessitait pas de grands ajustements.
Au même moment, j'avais conçu l'idée de réaliser un reportage sur l'affaire Vincent Reynouard, alors condamné à un an de prison pour une brochure sur « l’Holocauste »  de seize pages de photos et croquis. Je voulais la traiter en la comparant à l'affaire du sioniste pédophile Maurice Gutman, membre du CRIF et webmestre du site du Yad Vashem-France, qui avait été coincé par des journalistes en train de draguer sur le net ce qu'il croyait être une petite fille. Lui, il n'avait été condamné qu'à deux mois de prison avec sursis ! Mais il m'était difficile d'obtenir des images de cette ordure, qui se cachait et que sa communauté surprotégeait. J'ai donc décidé de changer mon fusil d'épaule. Depuis le Zénith, beaucoup de gens, surtout des jeunes issus de la génération Internet, se demandaient qui était ce grand-père plein d'humour qui se sentait « Palestinien en France » et que les médias n'interrogeaient jamais bien qu'il fût professeur d'université, agrégé des lettres et docteur ès lettres et sciences humaines. Jamais cet homme n'avait bénéficié du plus petit débat à la télé française ! Et des débats, il y en avait eu des milliers, sur tout et sur rien, et surtout sur rien : j'avais moi-même participé à plusieurs dizaines de débats dans des émissions spectaculaires et sans intérêt de Dechavanne, Delarue, Ardisson et autres Wermus ! Michel Polac avait bien invité Faurisson, avant le scandale des chambres à gaz, au temps du noir et blanc, pour venir parler de sa thèse sur Lautréamont. Le 19 avril 1979, à Lugano, invité par la Télévision suisse italienne, Faurisson avait participé à un débat sur « l'Holocauste » : il avait si manifestement terrassé ses quatre opposants (deux historiens et deux anciennes déportées, dont l'une d'Auschwitz) qu'aujourd'hui encore la diffusion publique du débat reste strictement interdite ! (Faurisson lui-même s'est encore vu notifier cette interdiction le 3 septembre 2009, soit trente ans après l'émission !). Le 17 décembre 1980, Ivan Levaï se trouva contraint de lui accorder une sorte de droit de réponse sur les ondes d'Europe 1 : le résultat en fut tel que le journaliste a bien voulu admettre par la suite que, s'il avait commis une erreur dans sa carrière, c'était d'avoir un jour invité Faurisson. Depuis cette date, rien, néant. Avait-on peur que le Salaud convainque l'auditoire en lui fournissant deux ou trois exemples qui feraient éclater la thèse orthodoxe ? C'était comme si. Le cachant aux yeux de l'opinion manipulée, on nous montrait toujours les mêmes grands inquisiteurs qui le brocardaient, l'insultaient, le dépeignaient comme un monstre sans foi ni loi digne du boucher dément de Massacre à la tronçonneuse. Vous vouliez le connaître ? On sortait du chapeau son pire ennemi, saint Pierre Vidal-Naquet, qui le présentait comme un fou antisémite, un psychopathe jouissant la bave aux lèvres des tortures infligées aux juifs, tortures qu'il se permettait de nier pour jouir plus intensément encore, un super néo-nazi qui passait sa vie à retuer les morts, et qui n'avait d'ailleurs aucune légitimité à parler du dossier des chambres à gaz puisqu’il ne s’occupait que de littérature. On ne nous précisait pas que Vidal-Naquet était prof d'histoire de la Grèce antique et non de l’Allemagne des années 1930-40, tandis que Faurisson, lui, s'était spécialisé dans la « Critique de textes et de documents », toutes époques confondues ! Vidal-Naquet avait démontré une fois pour toutes à quel point son esprit critique était en berne lorsqu'il avait soutenu le violeur Luc Tangorre, dont il avait juré l'innocence dans tous les médias avant que celui-ci ne récidive et ne prouve sa culpabilité. Mais personne n'avait le courage de rabattre le caquet de Naquet.
Bref, grâce à cette censure et à ces méthodes, le nom de Faurisson est associé au génocide des juifs comme s'il avait été le commanditaire et l'organisateur du crime des crimes, alors qu'il ne conteste pas la réalité des déportations ni l'existence des fours crématoires ni la répression antijuive du régime hitlérien ;  il appelle notre attention sur les inventions mensongères de la propagande de guerre qui sont devenues des articles de foi. Il se situe par là dans la tradition de Jean Norton Cru ou d'Arthur Ponsonby qui ont été les révisionnistes de la Première Guerre mondiale, à l'époque où l’on faisait croire à l’opinion publique chauffée à blanc par un patriotisme de roulements de tambour qu'en Belgique « les sales Boches » avaient coupé  les mains de petits enfants. Pour la Seconde Guerre mondiale, Faurisson a repris l'état du dossier où l'avait laissé à sa mort, en 1967, le déporté socialiste Paul Rassinier. Ce dernier, qui avait été interné à Buchenwald et à Dora en raison de son activité dans la Résistance, fut le premier critique légitime de l'image que la presse donnait des camps. Au lieu d'aller demander à la LICRA ce qu'elle pensait de Faurisson, j'ai donc décidé de le laisser parler lui-même de son parcours et de son travail.

R.G. : Combien de temps de préparation t'a-t-il fallu et que penses-tu du résultat ?
Paul-Éric Blanrue : J'ai beaucoup travaillé sur ce sujet parce que je suis un homme de l'écrit et non de l'image. J'ai dû tout apprendre, le maniement d'une caméra, la prise de son, le montage, etc. Je me suis formé sur le tas. J'ai bien conscience que la forme obtenue est imparfaite, mais il fallait absolument réaliser un tel documentaire du vivant de Faurisson, qui a 82 ans. Comme personne ne semblait prêt à s'y risquer, j'ai pris le taureau par les cornes. La forme en tant que telle m'importe peu. Quand Dominique de Roux va filmer sur le transat de son jardin le plus grand poète du XXe siècle, le vieil Ezra Pound, il ne parvient à obtenir de ce dernier que de vagues propos énoncés à grand peine mais, même si parfois  l'image se brouille  et que le son est coupé, entendre de petits bouts de phrases prononcées par Pound reste un plaisir sans égal, qui écrase l’impression déplaisante de tous les discours que Jacques Attali a pu prononcer depuis sa naissance. Alors au diable les puristes ! Je n'ai pas voulu réaliser un film esthétisant, mais quelque chose qui ressemble à « Ceux de chez nous » de Sacha Guitry, où l’on voit Rodin ou Auguste Renoir en plein travail. Mon ambition a été de mettre en bobine la personnalité qui a été la plus haïe par l’opinion médiatique depuis 40 ans et que nul n'a jamais pensé à laisser parler librement. Ce reportage est donc réalisé pour l'histoire. Avec les défauts inhérents aux prises rapides, très exactement comme l'INA a organisé ses Archives du XXe siècle où les intervenants, parmi les plus prestigieux artistes et intellectuels du temps, sont parfois coupés par un clap inopportun et où des techniciens débarquant à l’improviste viennent mettre un peu d'anarchie dans l'organisation de la scène. L'importance d'un tel document, c'est qu'il existe. Qu'il existe pour montrer qui est Faurisson, comment il parle, réfléchit, raisonne, démontre. C'est seulement en lui donnant la parole longtemps, en le laissant s'exprimer sans le couper à tout instant que l'on parvient à saisir sa personnalité.

R.G. : Quelle a été ton approche pour réaliser ce documentaire?
Paul-Éric Blanrue : Je me suis rendu chez lui durant quelques jours, avec un plan à peine préétabli. J'avais quelques thèmes en tête, dont je lui avais parlé au téléphone, c'est tout. Rien n'était réellement préparé. Je voulais lui faire dire des choses qu'il n'avait pas exprimées auparavant. J'escomptais qu'il évoquerait sa jeunesse, la politique, sujets dont il se tient éloigné. Je crois que je n'ai pas trop mal réussi mon affaire. Quand il dit « je suis centriste », par exemple, ce n'est pas du tout son genre. Il est certain que seule une personne en laquelle  il avait confiance pouvait réaliser un tel document. L'écueil eût été qu'il se ferme comme une huître. C'est l'une des heureuses surprises de ce film : Faurisson a abordé de lui-même, parce qu'il se sentait à l'aise, des sujets dont il n'aurait jamais parlé autrement. Je dois signaler tout de même que sur de nombreux autres sujets annexes (son enfance, sa vie à Vichy, son jugement sur Pétain, ses rencontres avec d'autres révisionnistes, etc.), je détiens encore plus de cinq heures de rushes ! Si un jour nous réalisons un DVD complet, nous y intégrerons tous ces bonus. Ce sera un gros travail et il va de soi que nous ne pourrons pas, cette fois, le lancer gratuitement sur Internet. Si des professionnels du DVD nous lisent, qu'ils se mettent en rapport avec nous pour, cette fois, lancer une vidéo de près de sept heures !

R.G. : Ce document est en libre diffusion. Dans quel but l'as-tu réalisé?
Paul-Éric Blanrue : Pour montrer qui est le vrai Faurisson : un homme à la fois simple et héroïque, qui parle de ses découvertes sans haine ni violence, avec sérénité et humour, en n’insultant personne. Saviez-vous que c'est lui qui, le 19 mars 1976, a découvert les plans des crématoires d'Auschwitz, des plans qu'on nous cachait depuis 1945 ? Ce n'est pas anodin, n'est-ce pas, puisqu'Auschwitz est censé être au cœur de « la machinerie du meurtre de masse nazi ». Écoutez et lisez tout ce qu'on a dit de Faurisson - et ensuite passez-vous le documentaire que je vous propose ! La différence vous sautera aux yeux ! Comme disait Nietzsche à propos de Montaigne : « On est heureux à la pensée qu'un tel homme a existé. »

R.G. : Vu que ton documentaire est un clair défi à la loi Gayssot et à ses défenseurs tous hauts placés dans le gouvernement français, penses-tu ces derniers capables d'en entraver la diffusion?
Paul-Éric Blanrue : Ils sont capables de tout,  mais l'avenir seul dira ce qu'ils en auront fait. Je ne risque jamais de prophétie, mais je me tiens prêt à tout, quoi qu'il arrive. Je sais d'avance que sur ce terrain rien ne me sera jamais pardonné par ceux qui ont tout à perdre à ce que des vérités soient dites. Comme Lucien Guitry avait l’habitude de dire à son fils : « Foutons-nous de ça ! »

R.G. : Comme le montre le documentaire, certains révisionnistes ont été victimes d'agressions et il semblerait, selon les dires de Robert Faurisson, que la police ne montre pas trop de zèle à appréhender les coupables : avez-vous des craintes pour votre sécurité, Robert et toi?
Paul-Éric Blanrue : Je n'ai jamais vécu dans la crainte et ce n'est pas aujourd'hui que ça va commencer. La crainte est de toute façon effacée préalablement par le geste lui-même. Un hadith dit : « Dieu n’a rien créé qu’il aime mieux que l’émancipation des esclaves… ». Ce que j’ai fait, c’est pour que les gens s’émancipent du principe destructeur de la Matrix et se déconditionnent des pensées qui polluent leurs esprits. Je pense comme Evola que « seul un changement d’attitude, seule une véritable metanoïa est le moyen efficace si l’on veut concevoir l’arrêt de la pente ». En faisant don de ce document aux internautes (car je rappelle qu'il est diffusé gratuitement sur le net), je vis en paix avec moi-même. Il m'était impossible de vivre sans montrer ce que j'avais vu et connu, quoi qu’il m’en coûte. J'ai toujours pris au sérieux les héros d'Alexandre Dumas, de Cervantès et de Walter Scott, ceux qui se consument avec la flamme qu'ils ont au fond d'eux-mêmes. J’ai fait mienne la formule : « Se porter, non là où l’on se défend, mais là où l’on attaque. » Mon Excalibur, je ne l'ai pas gagnée dans un jeu vidéo en me battant contre une hydre virtuelle. Je me bats dans la vie concrète contre de vrais salopards, pas dans l'imaginaire, ni dans un roman écrit par un autre. Je peux me regarder dans un miroir sans baisser les yeux. Que rêver de mieux, en fin de compte ?

R.G. : Un mot pour finir ?
Paul-Éric Blanrue : Oui, celui de Nietzsche à son amie, la wagnérienne et féministe Malwida von Meysenbug, en date du 25 octobre 1874, qui correspond en tous points à ce que j’accomplis en ce moment : « Par chance je suis dépourvu de toute ambition politique ou sociale, en sorte que je n'ai à craindre aucun danger de ce côté-là, rien qui me retienne, rien qui me force à des transactions et à des ménagements ; bref j'ai le droit de dire tout haut ce que je pense, et je veux une bonne fois tenter l'épreuve qui fera voir jusqu'à quel point nos semblables, si fiers de leur liberté de pensée, supportent de libres pensées. »

R.G. : Merci d'avoir répondu à nos questions.

(Un grand merci à Salim Bouterfas, Louis Egoine de Large et Nejmeddine Bauche pour leur aide précieuse)

mercredi 27 mai 2015

Stravinsky, voisin de Pound à Venise, enterré non loin de lui à San Michele. Résurrection sous les doigts enflammés du "roi du piano" ("Marianne" dixit), Stéphane Blet !


Impanthéonisable.



Signé Yann Moix

Quatre "héros de la Résistance" font aujourd'hui leur entrée au Panthéon : Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette, Germaine Tillion et Jean Zay.
Ceux qui parlent de Résistance à tout bout de champ me font penser à ceux qui ne savent pas formuler deux phrases sans parler de cul : ce sont les plus mauvais coups.
Me revient à la mémoire l'anecdote que l'on raconte à propos de Robert Surcouf. Au cours d'une bataille, le capitaine d'un bâtiment de la Royale Navy lance au corsaire :
- Vous savez la différence entre les Français et les Anglais ? Vous vous battez pour l'argent tandis que nous, nous nous battons pour l'honneur !
À quoi Surcouf répliqua :
- Chacun se bat pour ce qui lui manque !

Paul-Éric Blanrue

Don Quichotte fume des havanes.




On me demande souvent ce qui peut bien m'intéresser dans cette "sombre dictature castriste" dont je parle avec chaleur, comme si c'était une tare de ne pas penser dans la ligne de la presse pour pygmées intellectuels que dévore la bourgeoisie droitiste. D'abord, de quoi je me mêle ? Ensuite, Cuba n'est pas une sombre dictature mais une monarchie tempérée par le communisme ; et puis, surtout, un fait m'a beaucoup marqué la première fois que je m'y suis rendu, un fait qui n'est pas une pieuse légende ni un article de propagande à la mode stalinienne et dont tous les historiens sérieux attestent de l'authenticité. 
Il se trouve que le livre de chevet du Che, qu'il transportait dans son paquetage partout où il se rendait, y compris dans les zones de combat les plus chaudes, était le Don Quichotte de la Manche de Cervantès. Il le lisait et le relisait sans cesse, à la manière dont son héros lui-même se plongeait à coeur perdu dans les romans de chevalerie au risque de devenir la risée de ses contemporains qui, déjà en ce temps-là, ne croyaient plus à ces histoires dépassées d'honneur et de fidélité. En a-t-on assez parlé de ses moulins à vent, je vous le demande !
Depuis son plus jeune âge, l'Argentin avait pour indépassable modèle le "chevalier à la triste figure". La première mesure qu'il tint à prendre lorsqu'il accéda au pouvoir avec Fidel fut de procéder à un tirage exceptionnel du classique espagnol afin de le distribuer gratuitement à chaque foyer cubain pour que tout révolutionnaire digne de ce nom s'en inspirât. C'est la marque d'un certain état d'esprit : celui de l'aventurier idéaliste, du rebelle qui combat ses ennemis avec panache même si ses compagnons ou ses ennemis se moquent de lui sous prétexte qu'il aurait une vision trop romantique de son destin et de la guerre qu'il a à mener. D'autres eussent publié aussitôt l'indigeste Capital de Marx ou encore leurs mémoires de guérilla, écrites à quatre mains. Là, ce fut différent.
Quichotte est toujours un héros à Cuba. En souvenir du geste du Che, une statue de l'hidalgo s'élève à La Havane dans le quartier du Vedado, sur la Calle 23, l'équivalent de notre avenue des Champs-Élysées.
Dans cette atmosphère spéciale, électrique, à la fois littéraire et guerrière, on comprend mieux la résistance acharnée que cette petite île, ne survivant à l'origine que grâce à la monoculture du sucre, a su mener contre un Empire disposant de la bombe atomique et se trouvant à moins de 200 km de ses côtes. L'exemple du Che et de Quichotte ont été contagieux.
Voilà l'une des mille choses qui m'intéressent à Cuba.
La prochaine fois je vous conterai comment le Che, qui avait été un virulent opposant à Juan
Perón dans sa jeunesse, alla rendre visite à ce dernier lorsqu'il était exilé dans l'Espagne de Franco, pour lui annoncer, de la part de Fidel, que les portes de Cuba lui étaient grandes ouvertes.

Paul-Éric Blanrue 

mardi 26 mai 2015

"Les États-Unis détruiront-ils l'islam de l'intérieur ?" Interview du professeur Bassam Tahhan le 24 mai 2015, au lendemain de la prise de Palmyre.


Soit dit en passant.




Dans ma messagerie Facebook, je reçois régulièrement, à fin de diffusion, des vidéos se voulant subversives, volontiers moralisantes et dénonçant telle ou telle personnalité de l'ex-dissidence. J'ai le déplaisir de remarquer qu'elles sont la plupart du temps réalisées par des anonymes. Non pas par des pseudonymes, je tiens à le souligner, mais bien par des anonymes. La différence entre les deux tient en ceci qu'un pseudo est le nom de plume d'un auteur dont on connaît l'identité tandis qu'un anonyme se planque derrière un prétendu nom de guerre, au reste souvent ridicule, sans risque d'assumer les conséquences de ses dires. 
Il se trouve que j'abhorre le principe qui érige la pleutrerie en art de vivre. Les énervés qui veulent se lancer dans des diatribes enflammées parce qu'ils en ont gros sur la patate ont parfaitement le droit, voire le devoir, de le faire : leurs coups de gueule peuvent être l'annonce d'une saine révolte, surtout si les arguments qu'ils présentent sont solides et étayés par des preuves. Mais si leur démarche se résume à cracher dans le noir sur ceux qui sont dans la lumière, elle me rappelle non pas les heures les plus sombres de notre histoire, mais les cris inaudibles d'un cafard qui se débat dans une boîte d'allumettes. 
Tant qu'il ne s'agit pas d'une question de vie ou de mort, et on en est loin, un polémiste du Net n'a aucune valeur aussi longtemps que l'on ignore qui s'exprime. On sait tous que la veulerie et la bassesse sans visage ont tendance à camoufler des intérêts particuliers qui ne veulent pas apparaître au grand jour pour des raisons inavouables. 
Je leur adresse ce message : critiquez autant que vous le voulez, déversez votre bile, faites des bocaux virtuels avec votre jus de crâne, sortez de vos gonds, vitupérez à loisir, scandalisez-vous si telle est votre nature, indignez-vous si vous êtes gauchiste, mais faites-le sous votre nom. Vous serez alors dans la position juste et honorable du boxeur qui donne des coups mais n'a pas peur d'en recevoir. Tout le reste est camelote intellectuelle, grossièreté inutile, bac-à-sablerie et porte la marque de la lâcheté. 
La lâcheté n'est jamais bon signe.

Paul-Éric Blanrue

lundi 25 mai 2015

25 mai, journée internationale des enfants disparus ? On commencera à y croire quand elle correspondra à la journée fêtant le rétablissement de la peine de mort pour les violeurs d'enfants !


Clairvoyance de Régis Debray sur l'Iran : 'L'Iran d'aujourd'hui a trois siècles d'avance sur l'Arabie wahhabite !"


Cliquez sur les images pour les agrandir !

Joseph de Maistre avec nous !

Joseph de Maistre, Considérations sur la France, 1796 : "La Constitution n'est qu'une toile d'araignée, et le pouvoir se permet d'horribles attentats. Le mariage n'est qu'une prostitution légale ; il n'y a plus d'autorité paternelle, plus d'effroi pour le crime, plus d'asile pour l'indigence. Le hideux suicide dénonce au gouvernement le désespoir des malheureux qui l'accusent. Le peuple se démoralise de la manière la plus effrayante; et l'abolition du culte, jointe à l'absence totale d'éducation publique, prépare à la France une génération dont l'idée seule fait frissonner."

dimanche 24 mai 2015

Aide humanitaire iranienne en direction du Yémen : entretiens avec les étrangers à bord du navire.


Attentat contre "Charlie Hebdo" : Maryse Wolinski se pose de sérieuses questions !

http://www.ledauphine.com/hautes-alpes/2015/…/23/je-vais-mal
- Mais vous saviez tout de même que Charlie Hebdo était dans le collimateur des intrégristes ?
- Maryse Wolinski : Oui. Mais ce sont des FAILLES dans le système de sécurité à Charlie Hebdo qui ont conduit à ce drame du 7 janvier. D’ailleurs, je mène ma petite enquête de mon côté car j’estime qu’il y a des ZONES D'OMBRE dans le déroulé des faits. L’attentat a été commis un jour où tout le monde ou presque était réuni à la rédaction : ça n’arrive jamais mais là, ils avaient prévu de partager une galette des rois et comme par hasard l’attentat a eu lieu ce mercredi et ça n’est PAS ANODIN. Aussi, j’ai noté beaucoup d’INCOHÉRENCES, de différences entre les mesures de protection réelles à Charlie Hebdo et les préconisations de la préfecture de police. Je voudrais aussi savoir pourquoi l’acte de décès de mon mari a été signé à 11 h 30 alors que les frères Kouachi sont arrivés à Charlie Hebdo à 11 h 33. J’ai plein de questions à poser au juge d’instruction dans le cadre de ma contre-enquête.



Lors du sommet de l’OTAN en Turquie, le commandeur Philip Breedlove a invité les ministres des Affaires étrangères à chanter avec lui « We Are the World ». Vous ne rêvez pas, regardez, écoutez.


"Le salut consiste essentiellement à sauver l'homme de lui-même" (Ananda Coomaraswamy)


samedi 23 mai 2015

"Dans les civilisations théocentriques, l'autorité spirituelle et le pouvoir temporel veillaient à ce que l'homme ne profane pas indûment la beauté de la nature, et que, parallèlement, il ait accès à des objets d'art sacré qui se conforment à un style, reçu du Ciel comme un don et jamais simple invention humaine. Au sens rigoureux du terme, le seul qui nous intéresse ici, l'art sacré est comme une cristallisation de la sainteté, une présence de l'Esprit, qui a le pouvoir de purifier et d'éclairer, mais qui, à la différence des pratiques ascétiques au pouvoir équivalent, n'exige rien de l'homme qui aille à l'encontre de ses tendances naturelles" (Martin Lings, "La onzième heure", 1987)





Daech, le pire est à venir !


L’excellent Al-Baghdadi, le fou furieux qui règne sur l’État Islamique, ne doit plus n’y rien comprendre, voilà qu’à l’ouest de son « Califat » on lui laisse libre champ pout avancer vers Damas et prendre la Syrie, alors qu’à l’est, à Ramadi, en Irak,  on le combat. Comme si du côté syrien Daech était l’avenir du Moyen Orient, mais sur les rives irakiennes, la peste et le choléra. Les vaillants soldats d’E.I. se sont donc installés dans Palmyre sans que du ciel ne leur tombe dessus la moindre  « frappe » issue de Rafales, de F16 ou autres appareils de la  Coalition occidentale. Bizarre.

C’est vrai que sur la supposée efficacité d’une guerre faite rien que du ciel, nos lecteurs sont déjà avertis : le plus souvent les couteux missiles à un million de dollar ne tuent que des ânes, des bergers, des enfants ou une noce en fête. Mais quand même, alors que Da’esh en colonne blindée par deux, avançait en terrain totalement découvert, il ne s’est pas trouvé un politicien pour commander quelques tirs de baroud contre ceux que nos journaux qualifient pourtant de « barbares ». Il faut croire que, cette fois, puisqu’ils annoncent que la fin de Bachar est programmée, les jihadistes de Baghadi sont devenus de braves garçons.



Vous objecterez que les Américains ne se sont pas montrés timorés quand ils sont allés, à pied, flinguer le ministre des finances de Da’ech et son secrétariat. Bien sûr, voilà un beau courage. Mais pourquoi ? Parce qu’en tuant cet homme clé, Washington tente de reprendre le contrôle du pétrole. Depuis des mois, Abou Sayyaf, le susdit  grand argentier des « barbares »,  était devenu un roi du pétrole, un roi de trop. Puisque les troupes du Califat contrôlent pratiquement les puits de Syrie, et une partie de ceux d’Irak, Abou Sayyaf devenait un acteur important sur le marché international du « brut », lui qui l’était lui-même. Il fallait donc que ce nouveau riche disparaisse du club des pétroliers, et la force Delta l’a exécuté. Constatez que personne, pas un témoin mal élevé, pas un journaliste du genre Langlet, l’économiste en chef de France 2, n’a posé la question qui brûle les dents : « mais qui donc, au bout du tuyau, a bien pu acheter ce pétrole à couleur de sang ? ». En fouillant dans les relevés bancaires de quelques magnats turcs et d’autres de Wall Street, on doit pouvoir facilement en savoir plus. La mort d’Abou Sayyef est donc un message à caractère politico-économique : « Faites la guerre comme vous le voulez mais pour le pétrole, c’est nous les chefs ». Cette propriété putative de l’or noir celui de toute la planète,  est une constante de la politique américaine et anglo-saxonne. Par exemple, en 1916 lors des accords Sykes-Picot, qui dépeçaient l’empire ottoman, la France a été « convaincue » de céder le riche sous-sol du Kurdistan à ses amis parlant la langue de Shakespeare. Contre le paiement d’une rente issue du pétrole exploité… rente qui n’a jamais été correctement versée puis oubliée.

Il y a un demi-siècle, sur l’antenne de Radio Luxembourg, une étrange dame  à chapeau et voilette, régnait sur  la rubrique de politique internationale, Geneviève Tabouis. Son slogan était simple, elle claironnait « Attendez-vous à savoir… ».  Aujourd’hui j’ai envie de reprendre la voilette de Geneviève. Attendez-vous à savoir que, dans quelques mois, si rien n’y fait, Da-ech aura réunifié  le vieux royaume hachémite, réunissant Syrie et Irak sous le même Califat. Et Al-Baghadi pourra se prendre pour le nouveau prince des Omeyades.

Faute de faire la guerre, que prépare donc l’Occident pour la suite de ce Lawrence d’Arabie en 4 D ? Le plan secret de Washington, approuvé par Paris, est un escabeau à plusieurs marches. Première hypothèse. Finalement après une étape d’apaisement, The Washington Post et Le Monde décideront demain que Da’ech est devenu fréquentable. Hollande n’a t-il pas rendu cinq  visites à l’Arabie Saoudite qui, en ce moment, cherche à embaucher une équipe de coupeurs de têtes, de bourreaux.

Si Da’ech est ingérable, on va demander  au nouveaux démocrates d’Al-Qaïda de lui faire la peau. Laurent Fabius estime déjà  « qu’Al Nostra fait du bon boulot », il parle là d’une branche de fidèles de Ben Laden. Et le ministre des Affaires étrangères du Qatar, dans un entretien avec Le Monde, vient de demander à ce que nous collaborions avec ces démocrates, façon 11 septembre.

Bush et son gang ont brisé l’Irak, pour « redistribuer les cartes du Moyen Orient », ce qui veut dire prendre en main ses ressources.  Le même chantier continue avec la Syrie. Un moyen Orient qui ne serait plus constitué d’États mais de califats, d’émirats est une aubaine pour les affaires, donc pour Washington. Plus simple de dicter les consignes à un équivalent Tamim, le gentil garçon qui règne sur le Qatar, qu’à un Bachar, un  Saddam, un Nasser ou un Mossadegh bref un « nationaliste ».  En plus on trouvera bien, entre ses nouveaux califes,  des dirigeants assez raisonnables pour  entériner la politique d’Israël. 
Attendez-vous à savoir… que le pire est à venir. 

Jacques-Marie Bourget

Vive l'amour !





Qui vient d'obtenir la première licence pour établir la liaison maritime entre Miami et La Havane ? La société "Baja Ferries" de Daniel Berrebi. Cocorico ! Un vrai Français de souche, conforme au modèle déposé par les identitaires, s'exporte et fait régner la liberté sur les mers du globe. Finkielkraut peut ranger ses pilules, l'homme n'est point un Sarrasin excavé du 9-3 mais un Gaulois pur beurre ; la preuve, Berrebi le dit lui-même : "Je suis né dans une famille juive à Tunis où j’ai grandi. Je suis né français de parents et grands-parents français". Auguste lignée de Berrebi devant laquelle, cerné de tous côtés par mes indomptables gènes italiens, je ne puis que m'incliner, tirant mon tricorne vénitien à cet aristocrate de la Soucherie qui initie le grand retour du commerce dans une île qui en était à peu près préservée depuis une cinquantaine d'années. Comme disait Mao, "le chemin est tortueux, mais l'avenir est radieux !"
Après l'aventure Berrebi, l'affaire Agnès Saal. Il était écrit que les juifs tunisiens seraient à l'honneur ces jours-ci. Évincée de l'INA pour frais astronomiques de taxis, la dame trouve aussitôt un siège au ministère de la Culture. Et alors ? N'est-ce pas justice, et mieux que cela : justice mémorielle ? Ses aïeux ont travaillé dur dans le négoce et la banque tandis que nous nous la coulions douce dans nos fabriques, nos usines et nos vertes campagnes. Il ferait beau voir que le mérite des agioteurs ne fût point récompensé, et que de mérites coûteux en mérites dispendieux, ces gens-là ne parvinssent pas à accéder à une certaine forme d'impunité.
Je plaisante. Pour tout reprendre à zéro sur ce sujet, je vous suggère la lecture d'un indispensable livre, best-seller dans la communauté, que m'a jadis offert un singulier antiquaire parisien, membre d'icelle :  Le Siècle juif de Yuri Slezkine, professeur d'histoire et directeur de l'Institut d'études slaves, est-européennes et eurasiennes à l'université de Californie à Berkeley. Je raconterai un jour comment j'en suis venu à sympathiser avec ce marchand d'art qui m’a fait cadeau du précieux ouvrage sous la statue de l'illustre Voltaire, lors d'un repas organisé au restaurant du même nom, sur les quais de Seine, dans l’immeuble où mourut Jacques Vergès.
À propos de l'auteur de Candide, je viens, avant de rédiger cette chronique, de regarder sur le Net la conférence du 1er avril 2015 donnée par Jean Bricmont sur le thème de la liberté d'expression "de Voltaire à Chomsky". Organisée à l’université de Grenoble dans le cadre du cycle présenté par le CORTECS ("Connaissances censurées ? Sciences et liberté d’expression"), son intervention a suscité une vague d'indignations chez les belles âmes qui ont proféré des menaces de sabotage, lancé des tentatives d’intimidation, adressé une requête pour annulation auprès des instances universitaires.
Ce qui dit Bricmont est intéressant et plein de bonne volonté. Avec la ferveur du missionnaire, il plaide pour le droit à la liberté d'expression totale et pour tous ; à l’Américaine, version Premier Amendement. Hélas, Bricmont en est réduit à implorer les autorités de donner la parole à ceux que la propagande officielle désigne sous le nom d' « assassins de la mémoire » et de terroristes. Sa démarche revient purement et simplement à ajourner la liberté. S'il fallait attendre qu'on nous autorise à penser, nous pourrions languir durant des siècles avant qu'un mot non-conformiste daigne s'extraire de notre petite tête. 
Dans les circonstances actuelles (pression du lobby sans nom, forme du régime politique qui doit s’y soumettre ou mourir), militer pour l’abrogation de lois que l’on juge à bon droit attentatoires à la plus élémentaire des libertés revient à faire du pédalo sur le Niagara. On ne peut lutter contre un tel courant. En conséquence, l'affaire ne doit pas être à considérer sous l'angle théorique (aspect collectif et juridique) mais sous celui de la pratique (aspect de la valeur individuelle et de l'éthique). Un penseur ne peut suspendre sa parole jusqu'à ce que le demos et ceux qui lui tiennent la bride courte aient décidé d’approuver son droit à faire connaître le bilan de ses réflexions ; et un historien n’a pas à dissimuler les fruits de son travail parce que cela déplaît à un pays étranger.
Nous ne devons pas demander à être libres, nous devons tenter de le devenir, ou bien alors restons dans les rangs de la grande masse muette qui n'a cure de proclamer la vérité. 
Si tout un tas de lois liberticides sautaient par miracle, la plupart de nos contemporains, si bavards sous anonymat sur les réseaux sociaux, où ils se travestissent en héros et en saints alors qu'ils ne sont que des braillards maximalistes, ne parleraient pas davantage qu'aujourd'hui, tenons-nous le pour dit ; et quand bien même quelques personnes sorties du lot s'exprimeraient avec plus de décontraction, le système ferait en sorte de les ramener bien vite dans le droit chemin par le biais de pressions multiples (la mise à l'écart sociale étant l’option privilégiée).
La loi Gayssot a aggravé la répression contre les révisionnistes, mais cette répression existait auparavant de mille façons, souvent insidieuses, et l'on n'a pas vu de manifestations de rue pour soutenir la liberté de la recherche historique bafouée. La peur, la peur panique, est paralysante, car tout le monde sait de quoi il retourne. 
Il y a des natures qui osent, et puis d'autres qui n'osent pas et seront toujours tétanisées. Comparable est le parachutisme : face au vide, on saute ou on ne saute pas.
Pendant ce temps, les islamo-nihilistes, pansés et soignés en Israël, prennent d’assaut la fabuleuse cité de Palmyre. Il paraît qu'ils ont une devise : « Moins je me rase la barbe, plus je rase les villes ». Prions pour que ce joyau antique fasse exception. Prions aussi pour tout le reste, pendant que nous y sommes. Mais en ce qui concerne notre liberté : agissons ! Discuter de la liberté sans en user revient à parler d'amour sans le faire.

Paul-Éric Blanrue

La photo du jour.


Pour en savoir plus : LIEN

jeudi 21 mai 2015

Ben Laden et Ezra Pound.




Selon la CIA, Ben Laden lisait Les Secrets de la Réserve fédérale d'Eustace Mullins (1923-2010), un livre d'investigation écrit sur les conseils du "titan de la poésie du XXe siècle", le Vénitien de la Calle Querini Ezra Pound, alors qu'il était incarcéré aux États-Unis, dans l'asile d'aliénés du St. Elizabeths Hospital, pour fait de collaboration avec l'Italie mussolinienne. Mullins était un fervent révisionniste, chose tout à fait scandaleuse et peu connue en France ; mais son livre, brûlé en autodafé par une décision de la justice allemande après 1945, est singulièrement roboratif et a été rédigé dans le réjouissant esprit anti-usuraire de l'auteur des Cantos. Je vous le recommande dans sa version française préfacée par Michel Drac. On y apprend que la Réserve ne possède guère de réserves et n'est nullement fédérale car appartenant à des banques commerciales, c'est-à-dire à des fonds privés n'ayant que faire de l'intérêt général. On ne dira jamais assez que la guerre occulte passe par la subversion sémantique.
Oussama parcourait aussi les oeuvres de Michel Chossudovsky, rédacteur au Monde diplomatique et directeur de mondialisation.ca, classé parmi les sites conspirationnistes par des amis d'Israël comme notre collègue Rudy, chasseur de mythes et mythe à lui tout seul, un type au fond très naïf et qui fait la promotion de livres édités par Henri Broch, ce qui m'amuse toujours pour des raisons que je ne parviens pas à m'expliquer mais qui s'éclairciront peut-être un jour.
Notre ami Jean Bricmont, qui n'est pas conspirationniste et encore moins négationniste, découvrira avec plaisir ou stupeur que le Sheikh s'intéressait de près à son héros Noam Chomsky dont il possédait plusieurs ouvrages.
On s'aperçoit aussi, chose surprenante, que Ben Laden consultait les oeuvres de théoriciens du complot spécialisés dans le 911 comme David Ray Griffin. Pourquoi ? Mystère et boule de goym. Chacun aura sans doute remarqué que la disparition subite de Ben Laden correspond à la montée en puissance de Daesh, instrumentalité (comme on dit) par les États-Unis pour le plus grand bénéfice d'Israël. Comme je le disais récemment à Yann Moix : on n'est jamais trop prudent.
Bien sûr, puisque ces informations proviennent de la CIA, nul n'est obligé d'y croire. N'allez pas, tout de même, tomber dans le conspirationnisme de bas étage.
En tout cas voici la liste des ouvrages censés figurer dans la bibliothèque numérique du révolutionnaire saoudien : https://www.scribd.com/fullscreen/265942695?access_key=key-nJeYpV8ToQ4hhYT02sqf&allow_share=true&escape=false&view_mode=scroll

Paul-Éric Blanrue

mercredi 20 mai 2015

La Monarchie comme principe. Par Julius Evola.



Il existe des idées qui, en vertu de leur racine métaphysique, défient le temps : elles ne sont ni d'hier, ni d'aujourd'hui, ni de demain, mais possèdent une actualité éternelle. En fonction des circonstances, de telles idées peuvent ou non devenir réalité, sous une forme ici plus pure, là plus conditionnée, mais sans que cela ne porte en aucune façon préjudice à leur valeur intrinsèque, à leur dignité, à leur caractère rigoureusement normatif. C'est à cet ordre d'idées, héritage de ce que nous appelons le monde de la Tradition, qu'appartient la Monarchie. Un point important découle de ceci. En toute époque et quelles que soient les circonstances, il faut qu'il y ait des hommes qui témoignent de telles idées, sans se préoccuper de ceux qui, dans leur myopie et leur infatuation ne savent parler que d'anachronismes et "combat sur des positions perdues". Cette espèce de dépôt sacré doit être gardé dans toute sa pureté, dans l'attente du moment où il sera donné au principe de se réaffirmer. Ceux qui se sentent appelés à une telle tâche doivent cependant avoir parfaitement à l'esprit l'objectif : il ne s'agit pas de défendre telle ou telle monarchie mais, avant tout et par-dessus tout, l'idée monarchique elle-même, la Monarchie entendue comme quelque chose de supérieur et d'antérieur à n'importe quel monarque en tant que personne à et à n'importe quel règne empirique et conditionné. S'il le faut même (et aujourd'hui, malheureusement, il semble que cela soit très souvent le cas), la Monarchie doit être défendue malgré, ou contre, tel ou tel monarque, au cas où ceux-ci ne seraient pas à la hauteur du symbole ou bien seraient enclins à des accommodements et à des concessions.

Julius Evola, "La Monarchie comme principe et comme idée-force", Totalité, n°26, p. 13.

Vraie-fausse mosquée de Venise, suite.




Vraie-fausse mosquée de Venise, suite. Face au scandale, le responsable musulman local a demandé aux fidèles de s'abstenir de prier dans cette ancienne église (non désaffectée bien qu'appartenant désormais à des particuliers), afin de  ne pas "polluer" le dialogue actuel qui permettrait d'obtenir légalement le lieu de prière attendu depuis des années à Port-Marghera, le centre industriel de Venise, l'un des plus importants pôles chimiques européens où travaille l'essentiel de la communauté musulmane de la cité. 
Sage décision. Il n'a jamais été prévu de lieu officiel pour les musulmans à Venise intra-muros. Les rares musulmans vénitiens ne le réclament pas ; en attendant patiemment l'ouverture d'un centre à Marghera, ils se réunissent sans pleurnicher dans certaines résidences privées depuis belle heurette. Mais un imam d'Islande (le pays qui accueille cette "oeuvre d'art" du Suisse Christoph Büchel à l'occasion de la Biennale) s'est pointé à Santa Maria della Misericordia ; ce piètre héros d'un jour dirige la prière, répond aux questions des journalistes et fait fureur parmi les bobos qui, tout à coup, apprécient que l'on demande aux femmes de se voiler à l'entrée d'un édifice et aux hommes d'ôter leurs chaussures. 
Outre le sentiment d'être subitement envahis, le principal problème qui fait bondir les chrétiens de la ville, à commencer par le Patriarche, est le recouvrement de la croix par l'artiste qui a procédé à cette installation provisoire. On y voit un sacrilège. C'est fort possible mais à tout le moins l'émotion causée par cet acte ridicule est frelatée. Il y a à Venise des centaines d'églises et de chapelles désertées durant la semaine et à peu près vides le dimanche : ce serait certainement l'occasion de se demander pourquoi. D'autres servent de lieux de concerts tout à fait profanes sans que la population ne s'en émeuve. On pourrait également s'interroger sur la raison pour laquelle cette église a été mise à l'encan. Il semble que l'on préfère rognonner au-dehors. 
Le ton monte. Tout le monde s'excite. C'est le principe de toute provocation, qui plus est venue de l'extérieur : tout compliquer inutilement, créer des tensions là où il n'y en a pas et empêcher un dialogue normal de s'instaurer. Il faut être bien cornichon pour croire qu'une telle entreprise contribue à une meilleure compréhension réciproque. Au lieu de faire avancer les choses, elle les fait reculer. C'est évidemment le but, et ce n'est pas par hasard que les Islandais ont omis de prévenir les autorités que leur pavillon transformé en mosquée symbolique servirait aussi à la prière.
La Ville a donné jusqu’au 20 mai aux organisateurs pour fermer le pavillon. C'est aujourd'hui, attendons.

Paul-Éric Blanrue

mardi 19 mai 2015

Émouvant texte du baron Hervé Pinoteau sur le défunt prince Alphonse (+1989), aîné des Capétiens et Chef de la maison de Bourbon que Blanrue a eu l'honneur de servir à la fin des années 80 en qualité de membre de son Secrétariat.

"Jean Auguy m'a demandé quelques lignes sur celui qui fut en quelque sorte, et durant vingt-six ans, mon patron. Agé de vingt-six ans lorsque j'entrais à son service, le prince Alphonse est mort à cinquante-deux ans, ce qui veut dire qu'il m'eut durant la moitié de sa vie à ses côtés pour le faire connaître aux Français. On peut ainsi facilement imaginer que j'ai quelque connaissance de mon sujet, si j'ose dire, car il est bien évident que c'était moi son sujet.


Le fil de la Parque fut un mince câble tendu par des crétins d'Américains au bas d'une piste neigeuse que le prince Alphonse inspectait pour le compte des organisateurs de championnats internationaux de ski alpin à Beaver Creek (ville d'Avon, comté d'Eagle, état du Colorado, Etats-Unis d'Amérique). Plusieurs fois champion de ce sport (le nombre des coupes que l'on peut découvrir chez lui est véritablement ahurissant), le Prince en était aussi un important responsable et l'on sait qu'il fut le rapporteur (ô combien favorable!) pour l'attribution des jeux olympiques d'hiver à notre Albertville.
Il n'est pas inutile de savoir que la piste en question était dangereuse et qu'elle avait déjà causé la mort de plusieurs skieurs, étant mal balisée. L'accident eut lieu à 16 h 30 (heure locale) le 30 janvier 1989. Averti trop tard par un autre champion qui descendait à côté de lui et qui put éviter le câble, le Prince prit celui-ci en pleine poitrine : ce câble était tendu pour indiquer une nouvelle fin de piste, rendant celle-ci plus courte avant une nouvelle compétition. Cet instrument du destin devait d'ailleurs supporter une pancarte publicitaire... Ce fut donc une question de manque de coordination qui est responsable de l'accident. Sous le choc, le câble glissa vers le haut et trancha la gorge du Prince. L'organisation américaine fut d'ailleurs si lamentable que le corps fut laissé sur place, dans la neige, durant trois quarts d'heure, avant d'être transporté au Tomford Mortuary d'Idaho Springs, dans le même état, où une longue autopsie fut pratiquée. Le chef de la police locale avait tout d'abord déclaré, pour sauver la face,que le Prince pouvait avoir de l'alcool ou de la drogue dans le sang! De nombreuses pages d'analyses prouvent amplement qu'il n'en était évidemment rien!
C'est au coeur de la nuit européenne que S.M. le roi d'Espagne eut à téléphoner la nouvelle à S.A.R. le prince Gonzalve, frère du défunt et que fut ainsi avertie la mère qui réside à Rome, Mme la duchesse d'Anjou et de Ségovie, née Emmanuelle de Dampierre.



Dès l'aube, tant en Espagne qu'en France et dans de nombreux pays, tout le monde savait par la télévision, la radio et la presse ce qui était arrivé, ce qui fut d'ailleurs l'occasion du dessin d'un atroce mauvais goût passé sur le petit écran. Pour beaucoup, même les plus humbles, ce fut un choc "comme si on avait perdu quelqu'un de la famille" et un de mes amis de la Bibliothèque nationale entendit le matin même dans un bistrot quelqu'un dire froidement : "Le roi est mort".
S.M. le roi d'Espagne envoya un avion militaire pour ramener le corps et l'on sait que les Américains (qui avaient pris quelques mesures de deuil éphémère à Beaver Creek), furent finalement soulagés de voir partir le corps après avoir fait cadeau d'un drapeau espagnol pour déposer sur le cercueil. C'est ainsi que fut ramenée d'urgence la dépouille mortelle du pauvre Prince, accompagnée en ce navrant voyage par S.A.R. Mgr le prince Gonzalve et le marquis de Villaverde, respectivement frère et ex-beau-père du défunt. A l'arrivée sur une base militaire espagnole, il fut évidemment tout naturel pour Mgr Gonzalve de mettre le drapeau de sang et or sur son cercueil. Entre-temps, les officiels avaient recherché en hâte un lieu d'inhumation, alors que "don Jaime" est pour quelques années dans le "pudridero" de San-Lorenzo de l'Escurial et que le petit prince François est inhumé au cimetière du Pardo. Les Français n'ayant aucune solution pratique immédiate, les Espagnols décidèrent avec raison que la dépouille du Prince serait déposée dans l'église du monastère des clarisses royales de Madrid, autrement dit Las Descalzas (déchaussées) reales. Il s'agit là, en effet, d'une fondation royale datant de la maison d'Autriche et qui fait partie du patrimoine national. Eglise et monastère sont remarquablement entretenus et visités par un grand nombre de touristes.
C'est là, le 2 février, qu'eurent lieu à la hâte, selon les moeurs espagnoles, les funérailles du chef de la Maison de Bourbon. La messe chantée commença à 11 h 30. Le cercueil de bois noir n'était accompagné d'aucun insigne pour ne froisser, paraît-il, aucune susceptibilité! Tout se déroula en présence de LL. MM. le roi et la reine d'Espagne, de leurs enfants, de LL. AA. RR. le comte et la comtesse de Barcelone, de tous les autres membres de la famille d'Espagne, de LL. AA. RR. le duc et la duchesse de Calabre (lui étant chef de la famille royale des Deux-Siciles), de S.M. le roi des Bulgares, de S.A.R. le prince Victor-Emmanuel, chef de la maison de Savoie, etc. Le fils du défunt, Mgr le prince Luis-Alphonse, fort digne en sa grave jeunesse (il avait près de quinze ans), était accompagné de son oncle, Mgr le prince Gonzalve, et de sa grand-mère, Mme la duchesse d'Anjou et de Ségovie. Deux rangs derrière eux, des places étaient réservées aux comte et à la comtesse François de Bourbon Busset, au duc de Bauffremont et à moi-mêm. Une douzaine de Français proches du défunt étaient aussi dans l'église. Faut-il préciser que la famille maternelle du jeune Prince était présente?
Au bout d'une quarantaine de minutes tout était terminé, le cercueil étant placé sous une dalle de la chapelle de l'Immaculée Conception, la première près du choeur, sur la gauche. Des valets en livrée royale (tricolore et rehaussée de galons d'or, car venant de Philippe V) remplissaient le rôle d'employés des pompes funèbres.


 Ce furent ensuite les condoléances, le départ des souverains, les Français en larmes près de la tombe pour entourer les trois princes de la branche aînée. M. l'abbé Christian-Philippe Chanut prit alors sur lui de faire une absoute en latin et en français pour bien montrer qui nous étions, puis fit chanter les acclamations carolingiennes "Ludovico christianissimo et excellentissimo capiti domus regalis, vita et gloria!".
En fin d'après-midi, dans la maison du feu Prince, quelques Français pouvaient saluer le nouveau Prince auquel j'adressais la parole pour lui dire l'essentiel de ce que nous ressentions. Le duc de Bauffremont ajouta quelques mots ; choisi comme représentant par l'infant duc d'Anjou et de Ségovie en 1946-1947, il ne fit sa réapparition dans le dispositif légitimiste qu'en 1972, un quart de siècle après, lors du mariage du prince Alphonse.
Le lendemain matin, une messe dite par l'abbé Chanut fut célébrée à Las Delcalzas reales et une nouvelle absoute chantée devant la tombe environnée de fleurs (des dizaines de gerbes figuraient dans l'église). Avec quelques amis, je pus présenter mes respects à la Rme mère abbesse accompagnée d'une soeur : elles nous parlèrent derrière une grille toute de tradition, se déclarant émue et honorées d'avoir à être les gardiennes du corps d'un tel Prince.
Le soir, dans la belle église de San Jeronimo el Real (où se maria Alphonse XIII), une grand-messe publique eut lieu, dite par S. Exc. Rme Mgr le nonce du pape. Des milliers de personnes étaient là, dont deux cents Français, certains venus en car de Toulouse. Le maire de Nice, président du conseil général des Alpes-Maritimes, M. Jacques Médecin, était représenté par Maître Henri-Charles Lambert, qui accomplissait déjà la même fonction aux obsèques du du d'Anjou et de Ségovie à Lausanne en 1975. Le jeune Prince, portant une décoration miniature du Saint-Esprit à la boutonnière, était accompagné de son oncle et de sa grand-mère. S.A. R. l'infante Christine, comtesse Marone, avait une place spéciale, alors que S. Exc. le général marquis de Mondejar, chef de la maison de S. M. le roi d'Espagne, représentait son souverain. Je fus le Français qui l'accueillit sous le porche principal. Une bannière aux armes de France et un collier du Saint-Esprit ornaient la grille du choeur. La messe fut assez belle, le discours meilleur, mais le nonce qui officiait et qui parla ne prit pas la peine de saluer tous les Français présents, alors que des clercs de chez nous figuraient dans le choeur...
Il est certain que la grand-messe de Saint-Denis surpassa tous ces fastes madrilènes. On dit que six mille personnes furent présentes dans et hors la cathédrale basilique où dormaient nos souverains. Une foule de fidèles resta debout dedans et dehors. Ce fut donc le 9 février qu'eut lieu cette émouvante cérémonie qui dura une heure trois quarts. Le catafalque violet fleurdelisé d'or, les six flambeaux d'argent ornés de panonceaux aux armes de France et le collier su Saint-Esprit donnaient l'indispensable signification au rassemblement de tant de personnes dont certaines, fort connues, ne pouvaient cacher leurs larmes.
Mme la duchesse d'Anjou et de Ségovie, S. A. R. Mgr le prince Gonzalve (notre duc d'Aquitaine portait une décoration miniature du Saint-Esprit) et S. A. I. R. l'archiduchesse Constance d'Autriche présidaient la cérémonie : le prince Alphonse, dont l'union avec Carmen Martinez-Bordiu avait été annulée, allait en effet déclarer ses fiançailles avec cette petite fille des derniers souverains de l'Autriche-Hongrie, et donc par l'impératrice reine Zita de Bourbon Parme, descendante de notre Charles X. Derrière eux, dans l'ordre de primogéniture, de nombreux Bourbons des Deux-Siciles et de Parme, le destin donnant la première place à S. A. R. Mgr le prince Ferdinand des Deux-Siciles, qui, comme duc de Castro (qu'il n'est pas) avait trouvé bon de venir plaider, en compagnie de S. A. R. Mgr le prince Sixte-Henri de Parme et de S. A. R. Mgr le prince Henri d'Orléans (pseudo-comte de Clermont) contre leur chef de maison... Mais si les princes de Parme et d'Orléans ont eu la honte de persévérer dans leur action par un appel contre le prince Alphonse, les prince des Deux-Siciles avait abandonné cette folle entreprise et trouvé le chemin de Saint-Denis pour rendre hommage à la mémoire de son chef de maison, ce qui est évidemment tout à son honneur.


Des archiducs d'Autriche, S. A. I. Mme la grande-duchesse héritière de Russie et d'autres princes étaient présents. Du côté gauche, le général d'armée de Galbert, gouverneur des Invalides, l'ambassadeur du Chili (M. Riesle est mari d'une archiduchesse soeur de la fiancée du feu Prince), S. M. l'empereur Bao-Daï (converti au catholicisme) et sa femme, Mme la duchesse de Castries, Mme Barre, le ministre Jean Foyer, avocat du feu Prince et d'autres grands noms étaient présents. Une délégation de l'Association de la noblesse française était là et une importante délégation de la Société des Cincinnati de France l'accompagnaiit avec son son président le comte François de Castries, le vice-président marquis de Bouillé, le secrétaire général marquis de Bausset, etc., ainsi que M. Frederick L. Graham représentant du président général de toutes les sociétés des Cincinnati. Dans le choeur, le comte Stanislas de Follin portait le drapeau de la Société française des Cincinnati et la seule gerbe présente au pied du catafalque était celle de cette association dont le feu Prince était membre (comme représentant de Louis XVI). On pouvait voir aussi dans le choeur une importante délégation de chevaliers de Malte en coule noire, menée par le bailli comte de Saint-Priest d'Urgel : ces chevaliers se placèrent de part et d'autre du catafalque lors de l'absoute ; le feu Prince était, en effet, chevalier d'honneur et dévotion de cet ordre.
La messe, chantée par le Choeur grégorien, fut de toute beauté. Le discours de l'officiant, l'abbé Chanut, fut de grande élévation et il montra à tous quelle fut la lente transformation du prince Alphonse au cours des âges et quelles furent ses dernières préoccupations. On chanta les acclamations carolingiennes et, après l'absoute, l'abbé Chanut proclama ce qui suit : "Que Dieu prenne en pitié l'âme du très chrétien prince Alphonse II, par la grâce de Dieu, chef de la maison de Bourbon, duc d'Anjou et de Cadix. Qu'il accorde joie, bonheur et prospérité au très chrétien prince Louis XX, par la même grâce, chef de la maison de Bourbon, duc d'Anjou et de Bourbon! Que Dieu protège la France!".
La télévision française fut brève sur cette cérémonie, mais celle d'Espagne fut plus prolixe. Il est vrai que la presse française fut muette, ce qui laisse entendre bien des choses. Cependant, si la mort même eut un retentissement universel, rien ne fut franchement désagréable pour les Bourbons, hors l'infâme Point de vue - Images du monde qui est champion toutes catégories dans sa désinformation habituelle (mais j'ai déjà fait condamner en justice cette revue et son Chaffanjon pour plagiats) et le fameux Monde qui eut l'ignominie de publier un texte papelard du pseudo-comte de Clermont, commentant à sa façon, dans la plus grande hypocrisie, le décès de son cousin, allant même jusqu'à s'inquiéter de l'avenir du jeune Prince, alors qu'il ne s'est guère inquiété de celui de ses propres enfants, ayant abandonné sa femme et leur progéniture! Un article de M. Jean Foyer répliqua fermement dans le même quotidien.
Il n'est pas inutile que l'on sache que Point de vue - Images du monde, qui fait tout pour nuire aux Bourbons de la branche aînée dans son orléanisme forcené et hypocrite, a profité de la mort du prince pour ne pas publier la lettre que celui-ci lui avait envoyée en droit de réponse au sujet d'un lamentable article commentant le jugement de décembre 1988. On voit où en est tombé cet hebdomadaire qui fait trop illusion sur un certain public avide de nouvelles sur les Altesses!
Si le feu Prince fut Alphonse II du fait de son grand-père Alphonse XIII qui devint notre Alphonse Ier en 1936, lors de la mort du dernier "roi" carliste à Vienne, le nouveau Prince est Louis XX, nom déjà popularisé par un ouvrage de Thierry Ardisson. Chef de la plus ancienne dynastie de l'Occident, Mgr le prince Louis, nouveau duc d'Anjou, est un lycéen madrilène que le sort accable. Abandonné par sa mère alors qu'il avait quatre ans, perdant son frère aîné dans un accident d'automobile à l'âge de dix ans, il perd son père à près de quinze ans. C'est dire combien il lui faut un certain calme pour continuer des études qui sont bonnes. Il n'est pas inutile de préciser qu'il est héritier universel de son père et que sa grand-mère paternelle est usufruitière ; elle est assistée en Espagne par trois amis du feu Prince que les Français proches de celui-ci connaissent bien et apprécient.
Rédigé après l'accident de 1984 et en espagnol pour être exécuté en Espagne, le testament du prince Alphonse donne surtout des conseils à son fils : qu'il soit bon catholique, qu'il suive les traditions familiales qui font de lui le chef des Bourbons qui auront mille ans dans trois ans, qu'il suive de près les conseils des légitimistes français qui ont le plus travaillé à la cause, qu'il les apprécie avec la même amitié et affection, et qu'il garde finalement le souvenir de son frère aîné... Bref, pas un mot sur l'Espagne!
Il n'est pas inutile non plus de préciser que l'enveloppe qui contenait le testament orthographe du prince Alphonse avait aussi un exemplaire du règlement du conseil français créé le 11 juillet 1984 pour assurer, en particulier, la continuité dynastique en cas de son décès; On trouve dans cet organisme les trois princes de la branche aînée et moi-même comme chancelier du chef de maison (charge qui est mienne depuis 1969) ainsi que plusieurs autre Français : le duc de Bauffremont, le vicomte Yves de Pontfarcy, maître Renaud Vercken de Vreuschmen et le comte Jacques de Pontac. Des membres associés ont été adjoints depuis lors.
Le conseil de Mgr le duc d'Anjou et le secrétariat de ce Prince (il comprend déjà vingt-cinq personnes) assurent donc la continuité, alors même que la Société des amis du secrétariat de Mgr le duc d'Anjou (S.A.S.D.A., 10, av. Alphonse XIII, 75016 Paris) veille sur les questions financières. Association de la loi de 1901, l'Institut de la maison de Bourbon se doit de continuer son oeuvre culturelle.
Le roi est mort, vive le roi! dit un vieil adage de chez nous. A travers les épreuves, la légitimité continue, que cela plaise ou non. Certes, on peut trouver bizarres les accidents de 1984 et de 1989, mais l'esprit malin est capable de se débrouiller pour engendrer des catastrophes qui sont finalement permises par Dieu. A la veille de sa décapitation, l'ancien chevalier d'Angleterre, qui allait devenir saint Thomas More, écrivait à sa fille préférée, Marguerite. Ce martyr de la foi lui disait : "Aie bon courage, ma fille, ne te fais aucun souci pour moi. Rien ne peut arriver que Dieu ne l'ait voulu. Or, tout ce qu'il veut, si mauvais que celui puisse nous paraître, est cependant ce qu'il y a de meilleur pour nous".



Ces paroles de 1535 baliseront le cours de nos pensées et de nos prières. Car il n'est pas question de faire du feu Prince un saint de vitrail. Il avait ses qualités, manifestes, et aussi ses défauts. Nous nous devons de prier pour lui afin que Dieu l'ait bien vite en son paradis.
Grand sportif, financier remarquable (ses affaires marchaient fort bien), cultivé et courtois, le prince Alphonse avait eu une existence difficile. Né à Rome d'un infant sourd-muet (Jacques-Henri VI duc d'Anjou et de Ségovie) et d'une Française, le Prince avait ainsi deux nationalités, l'espagnole et la française, l'une et l'autre consacrées par des papiers en règle. Etudiant en français et en italien à Rome et en Suisse, il fut appelé en Espagne à l'âge de dix-huit ans, et passa ses premiers examens de droit avec un dictionnaire car il ignorait finalement le castillan! Fils d'un couple rapidement disjoint, ses pères et mères s'étant remariés, il bénéficia, avec son frère cadet, de la bienveillance de leur chère grand-mère, la reine Victoire-Eugénie qui résidait à Lausanne (à l'époque de l'agonie de cette souveraine, donc en 1969, les deux frères étaient en cette ville et je pus les emmener au congrès de l'Office international). On ne reviendra pas ici sur la carrière bancaire, diplomatique et autre du feu Prince, mais je tenais à dire qu'il eut sa première cérémonie publique en France. C'était en 1956, lorsqu'il accompagna son père à Saint-Denis pour la remise d'un nouveau reliquaire de saint Louis à la basilique. Rares furent les articles qui signalèrent leur présence en tête des Capétiens!
Depuis 1955 j'étais entré en correspondance avec celui qu'on nommait alors le jeune Prince. Je fis sa connaissance en 1956 et en 1958. Après les navrants événements d'Algérie, mon meilleur ami, le comte Pierre de la Forest Divonne (+1983) et moi-même, pensâmes qu'il fallait renforcer l'action légitimiste alors que toutes les forces en faveur des Bourbons étaient faibles et se déchiraient autour de l'infant duc d'Anjou, d'ailleurs empêtré dans les séquelles de son mariage civil avec une navrante chanteuse allemande. La Forest Divonne et moi nous rendîmes à Madrid et le 30 juin 1962 nous devînmes ainsi les secrétaires de S.A.R. Mgr le duc de Bourbon, titre porté par le prince Alphonse. Le secrétariat fut longtemps sans faste, son maître étant fort occupé et même lointain quand il fut ambassadeur en Suède, mais je tiens à souligner que nous avions pour ainsi dire toujours son numéro de téléphone pour le joindre rapidement. Accablés par les seules manifestations légitimistes d'alors (les messes de Louis XVI!), nous entreprîmes un cocktail au Crillon le 18 juin 1965 pour présenter le duc de Bourbon. 850 personnes vinrent sur les 1500 invités, et de toutes les couches de la société. C'était la première fête de la Légitimité depuis environ 1895!
La Forest Divonne et moi fûmes aussi près de l'infant duc de 1967 à sa mort en 1975. On aurait d'ailleurs tort de minimiser les actes français de ce chef de maison qui signa les textes tout à fait contre-révolutionnaires : l'original de l'un d'eux, dit "message du mont des Alouettes" est déposé chez jacques Meunier, car "don Jaime" visita Chiré et présida un important dîner de fidèles chez cet ami en novembre 1972. Pour l'Algérie française en 1959, contre l'avortement en 1973, l'infant duc manifesta toujours qu'il faisait finalement confiance à ceux qui se battaient pour les meilleures causes.
Après la mort accidentelle de son père, le prince Alphonse releva le titre de duc d'Anjou. On sait qu'il avait reconnu le processus d'instauration de la monarchie en Espagne et qu'il le fit accepter par son père. Se considérant comme membre de la famille royale espagnole, il se disait dynaste à Madrid, le mariage de son père n'ayant pas, selon lui, la possibilité de l'exclure de la succession. Il est vrai que le roi Alphonse XIII mena lui-même Emmanuelle de Dampierre à l'autel, ce qui montrait à tous qu c'était en Espagne un mariage autorisé. Mais l'infant duc avait renoncé à l'Espagne en 1933 du fait de son infirmité... acte non ratifié par les cortès, ce pays étant d'ailleurs en république.
Quoiqu'il en soit, le nouveau duc d'Anjou, duc de Cadix outre-Pyrénées, fut véritablement saisi par les conséquences de la coutume successorale française. J'ai vu cet homme se transformer et en arriver à admettre que son destin ne pouvait être que français. Tout le problème était de lui trouver des ressources en France, une situation et le reste. Les solutions arrivaient. Dieu en a disposé autrement.
Les festivités du Millénaire capétien furent l'occasion d'une révélation pour le duc d'Anjou. En 1987, il fut invité par plus de soixante villes de France. Maire d'honneur de Jonage (Rhône) et citoyen d'honneur d'une dizaine d'autres villes, le duc d'Anjou fut admirablement reçu par de nombreux chefs d'entreprises et des hommes politiques de tous horizons. Régions et départements se mirent de la partie. De l'école de Sorèze à la tombe de Chateaubriand, de l'église des Lucs et du Puy-du-Fou (deux fois visité) à Metz et à la saline d'Arc-et-Senans, d'Aigues-Mortes à Dunkerque et Bouvines, de Bordeaux à Lyon (plusieurs fois visitée), de Toulouse (plusieurs fois visitée) à Senlis, de Livron à Chartres, le prince Alphonse décrypta la France. On lui expliqua les industries prestigieuses du pays et, en 1988, il prît le bâton de pèlerin sur la route qui mène vers les flèches de la cathédrale, émergeant de l'horizon beauceron. Discrètement, Jacques Danjou, tel fut son incognito, pèlerina sur des dizaines de kilomètres en compagnie du Centre Charlier, marchant difficilement à la suite de son accident de 1984 et, rude épreuve pour lui, resta debout durant deux heures, lors de la grand-messe finale qui eut lieu devant la cathédrale. Je lui avais fait lire deux des principaux poèmes de Péguy dans un exemplaire de la "Pléiade" que j'avais emporté et je sais combien le Prince fut attentif à tous les détails de cette manifestation, remarquant parfois, au passage, les caractéristiques de certaines bannières fleurdelisées... Ce fut pour lui une belle initiation mariale et je me souviens qu'il tint, lors d'un rapide voyage dans le Sud-Ouest, à passer par la grotte de Lourdes qu'il ne connaissait pas : on gelait, le vent éteignait tous les cierges et la neige fondu tombait, ce qui ne gênait en rien un Prince ami des sports d'hiver! (Son frère vient à Lourdes depuis vingt-cinq ans, à la suite d'un voeu et comme brancardier d'un pèlerinage esopagnol.) Au Barroux, à Fourvière, à Solesmes, à Saint-Laurent-sur-Sèvre, à Cléry, à Cotignac, à Frigolet, à Saint-Martin-de-Tours, à Reims... dans cent églises de France j'ai vu un Prince finalement pieux, brûlant des cierges, souvent seul dans le choeur pour écouter une messe, parfois trop recyclée pour lui qui n'aimer prier qu'en latin. Il ne se sentait point intégriste, mais aimait la tradition et on peut dire que presque toutes les messes dites sous son autorité ou celles de ses collaborateurs étaient de saint Pie V. On le vit à Saint-Nicolas-du-Chardonnet pour les obsèques du père de notre ami Guy Augé. Au fond, cet homme était habitué aux grands de ce monde et n'était pas fait pour de petites chapelles. La plupart des souverains et chefs de maisons autrefois souveraines étaient ses parents (ne serait-ce que par la reine Victoria sa trisaïeule!) et il avait rencontré de très nombreux dirigeants de tous les pays, tout particulièrement en Amérique latine. Ce Prince était destiné à parler aux cardianaux et il le faisait. On dira plus tard ce qui s'est passé en 1988.
Plus le temps passait et plus le Prince souffrait des commémorations révolutionnaires à venir. Il admettait qu'il y avait beaucoup de choses à modifier en 1789 et son oncle Henri V pensait de même, mais il n'admettait pas qu'on ait tué deux millions de personnes pour réorganiser la France et fonder le système métrique qui serait d'ailleurs un jour ou l'autre arrivé, Louis XVI régnant. Il le disait et redisait : de Saint-Just et Robespierre à Pol Pot en passant par Lénine, Staline, Mao, Hitler et Castro, la Révolution universelle avait causé des désastres sans nom. Le Prince parlait de Dieu, de la loi naturelle (le Décalogue) et de la loi surnaturelle (l'Evangile) ; il évoquait la tradition des rois très chrétiens et les vieilles recettes qui avaient fait de la France le premier pays de l'Occident.


Son prochain établissement en France, ses fiançailles avec une toute charmante archiduchesse, la progressive emprise sur lui de la tradition de ses aïeux, tout faisait en cet homme une alchimie profonde. Pour dire bref, il y croyait, alors qu'il avait été si longtemps réticent, encore que bienveillant, devant les actions de ses amis. Jusqu'au bout, on peut même dire jusqu'en haut de la piste fatale, car il parla en Anglais à un journaliste qui transcrivit heureusement ses paroles, le Prince déclara que la couronne de France devait lui revenir, qu'il était prêt à l'accepter et que ce serait pour lui un grand honneur.
Critiqué et fortement incompris en Espagne, il voyait bien que la France lui ouvrait ses bras. Il jubilait en signant sa carte d'identité et son passeport français, téléphonant immédiatement à des amis pour leur annoncer cette nouvelle : cela je l'ai vu. Le jugement de décembre 1988, dû à la justesse de sa cause et au talent de M. le ministre Jean Foyer, fut aussi une grande joie.
Pour lui, Paris était le destin : nombreux étaient les hommes politiques au plus haut niveau qui étaient aimables avec lui. Le Prince était d'ailleurs en contact avec des célébrités du monde financier. Je sais qu'il se flattait de connaître des historiens et des juristes de la plus grande qualité. Certains d'entre eux pleuraient dans Saint-Denis...
Allions-nous trop vite dans cette montée? Dieu n'a-t-il pas voulu que la progression soit plus calme, la France n'étant pas encore mûre pour de grands changements? Le Prince le disait souvent : nous sommes en république et les Français s'en accommodent pour l'heure. Dieu nous fera sans doute comprendre un jour le pourquoi de toutes choses, y compris les plus crucifiantes. La France doit passer par l'épreuve de la Croix pour ressusciter, mais l'oeuvre d'un tel Prince est-elle perdue? Je ne le crois pas et notre acquit est immense. Il aura montré à tous que l'on pense encore chez les aînés des Bourbons à la monarchie très chrétienne.
Il faudrait lire les signes et les interpréter. En 1988, le prince Alphonse avait tenu à recevoir son fils chevalier des ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit : en l'adoubant et en lui posant le collier du Saint-Esprit sur les épaules, le Prince accomplissait un geste de transmission de tradition. Mais en 1987, chez les soeurs de Baugé, en Maine-et-Loire, lorsque la fameuse croix d'Anjou fut sortie de sa vitrine de sécurité, l baisa cette insigne relique taillée, paraît-il, dans le bois de la Vraie Croix et environnée de joyaux par les soins de Louis Ier de France, duc d'Anjou, à la fin du XIVe siècle ; il présenta ensuite cette croix à la vénération de ses proches amis puis aux photographes et aux gens de la télévision allemande qui nous suivaient à la trace. 1987 fut donc la brillante commémoration du Millénaire capétien (qu'on se souvienne des cris de "Vive le roi!" lors de la soirée de Saumur le 3 juillet et de la magnifique grand-messe en la primatiale Saint-Jean de Lyon!), mais ce fut aussi cette année-là que le roi de droit nous montra la Croix.


En 1988, le Prince signa des textes magnifiques pour commémorer le 350e anniversaire de la consécration de la France à la Vierge par Louis XIII et il participa en août à la procession commémorative d'Abbeville. En 1989, le Prince avait enfin compris (je dis enfin, car je lui en parlais depuis 1958) qu'il fallait faire quelque chose pour la commémoration du troisième centenaire du message du Sacré-Coeur à sainte Marguerite-Marie. L'abbé Chanut en a parlé lors de la messe de Saint-Denis.
Longtemps réticent devant toutes les difficultés qu'il imaginait autour d'un Etat restitué à Dieu, le prince Alphonse avait devant les yeux le médiocre résultat apparent de l'Espagne consacrée au Sacré-Coeur par son grand-père Alphonse XIII et Francisco Franco... Il détestait de plus les perpétuelles leçons que lui infligeaient les sacliéristes dans leur feuille et avait été fortement blessé et scandalisé par les paroles publiques de leur chef de file, assurant qu'il avait perdu son fils en ne consacrant pas la France!
Pauvre Prince! Il ne pouvait évidemment consacrer la France qui ne lui appartenait pas et nous étions quelques-uns à nous interroger sur l'acte à faire, mais Paray-le-Monial était sur notre chemin en 1989. Aussi bizarre que cela puisse paraître, c'est la lecture d'un long article d'un chrétien de gauche, Stanislas Fumet, qui le fit réfléchir sur les conséquences du mépris de la France pour le Sacré-Coeur (cf. Le Coeur, Etudes carmélitaines, 1950, p. 355-378 : "Prophétisme du Sacré-Coeur"). Quel chemin parcouru depuis notre montée au Sacré-Coeur de Montmartre au début de décembre 1962, en compagnie de La Forest Divonne, de Christian Papet-Vauban, de Guy Augé, de Marc Winckler et d'autres amis désireux d'entourer "l'héritier des siècles"!
Nous avons remarqué que le maître autel de la chapelle des Delcalzas reales est entouré de deux grandes statues : le Christ et sa Mère qui montrent leurs coeurs, et il nous a semblé qu'il y avait là un signe. Les sacrés coeurs de Jésus et de Marie veillent sur un Prince de bonne volonté.
Il nous reste maintenant à continuer, à dire le droit, à montrer l'excellence de la monarchie très chrétienne, à aider autant que faire se peut le fils du défunt et à beaucoup prier, pour Alphonse II, pour Louis XX, pour la Princesse Emmanuelle et son fils cadet, le prince Gonzalve, duc d'Aquitaine, qui sont en si grand deuil.
Que Dieu protège la France et les aînés de l'auguste famille de ses rois!"

Hervé Pinoteau (1989)



Fils d'Alphonse II, Louis XX et sa famille
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